Carl ORFF
(1895-1982)
Les
24 numéros de l'œuvre - ils sont encadrés par une invocation grandiose et
vigoureuse à Fortuna, la déesse de la destinée et de la chance, sur un fond de
percussions retentissantes - s'articulent en trois grands complexes thématiques
: le
printemps, la taverne
et l'amour.
C'est d'abord la gaieté bucolique du printemps qui est évoquée dans l'unisson
d'une litanie, avant le rapprochement de l'éclosion de la nature et de l'éveil
de l'amour, et l'appel joyeux de l'amour lancé par des cloches carillonnantes.
Dans sa section médiane (…), la danse orchestrale « Uf
dem Anger », marquée par les changements de mesure, renoue avec un
ancien usage populaire de Bavière, l'air de danse, avant que la plainte des
jeunes filles en moyen-haut allemand mâtiné de bas latin, « Floret
silva nobilis », ne poursuive ces rythmes changeants sur le plan
vocal. La coquetterie des jeunes filles, « Chramer,
gip die varwe mir », soulignée par des sons de grelots - elles ont
décidé d'envoûter les hommes par un savant maquillage - ne suscite chez
ceux-ci que des commentaires narquois. Le dialogue en plusieurs parties cède
ensuite la place à l'invocation
bachique à la «Reine d'Angleterre» : d'après les recherches les plus
récentes, il devrait s'agir d'Aliénor d'Aquitaine, épouse du roi Henri II
d'Angleterre, et dont les intrigues amoureuses sont entrées dans la légende. 
Un
esprit théâtral incontestable émane de la deuxième partie de l'œuvre, intitulée
« In
Taberna ». Elle commence par une confession satirique et, avec un
plaisir effréné, professe la « pravitas », la conduite impie. La voix
de fausset du cygne
qui rôtit dans la poêle offre une parodie du ténor buffo; dans un discours
d'ivrogne, le saint
patron du jeu de dés se présente, et se proclame abbé du pays de Cocagne;
cette scène de ripailles culmine dans un chœur
d'hommes entraînant, qui, avec une augmentation progressive du nombre de
voix, célèbre le plaisir de boire dans une exubérance orgiaque.
Dans
la troisième partie, la « Cour
d'amours », s'imposent l'innocence feinte et le raffinement, la
plainte amoureuse et la quête de l'amour, tandis que le « Si puer
cum puellula » des hommes (un poème érotique d'une franchise crue), a
capella, se voit attribuer une place équivalente dans le « In trutina »,
le tendre aveu amoureux de la dame à son chevalier. L'hymne à
Hélène et à Vénus se termine sur la reprise
du vigoureux chœur initial, construit sur un ostinato. Cette répétition
symbolise la roue du destin qui tourne sur elle-même; Orff l'avait découverte
sous forme de miniature dans le recueil des Carmina Burana.
Uwe
Kraemer
Traduction : Odile Demange
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